DÉFENSE — ArianeGroup et Thales viennent de réussir le premier tir de la FLP-t 150, une munition balistique capable de frapper à plus de 150 km avec une précision chirurgicale. Entre héritage des missiles nucléaires et résistance au brouillage électronique, voici comment ce nouveau système compte révolutionner l'artillerie française.
Frapper l’adversaire avec des munitions de longue portée : la France sait faire, en témoignent le missile SCALP-EG et le missile de croisière naval, avec une portée respective de 400 et 1 000 km. Mais il s’agit là d’armes de pointe, et peu nombreuses.
En revanche, l’armée française a des options plus limitées en matière d’artillerie. Ainsi, le célèbre canon Caesar peut avoir une portée maximale de 80 km avec certaines munitions. Quant au lance-roquettes unitaire (LRU), il affiche une allonge semblable, de plus de 70 km.
Mais les lignes sont en train de bouger, avec la mise en place d’une nouvelle génération d’armement, dont la munition FLP-t 150 est l’une des incarnations.
Un saut capacitaire : doubler l’allonge française
Le nom FLP-t signifie « Frappe Longue Portée terrestre ». Le nombre 150 indique la portée opérationnelle visée : plus de 150 km. Cela représente le double de la portée actuelle du LRU et du Caesar.
Le 5 mai 2026, sur le site d’essais de l’Île du Levant, au sud-est de Toulon, la Direction Générale de l’Armement a supervisé le premier vol de cet engin. Selon les communiqués publiés par ArianeGroup et Thales le 12 mai, le tir a été un succès.
Des gènes de missile balistique dans le FLP-t 150
Pour développer le FLP-t 150, ArianeGroup et Thales ont conçu une roquette guidée dotée d’une capacité balistique.
ArianeGroup apporte son expertise dans les missiles balistiques stratégiques, notamment avec le missile M51 et les lanceurs spatiaux Ariane 6.
Le FLP-t 150 monte à plusieurs dizaines de kilomètres d’altitude avant de redescendre à des vitesses largement supersoniques. Le pilotage est assuré par des gouvernes situées à l’arrière du propulseur, offrant une grande précision sur la cible.
De son côté, Thales fournit une technologie de résistance au brouillage GPS appelée TopStar Smart Receiver. Cette solution garantit le positionnement, la navigation et la synchronisation de la munition même en environnement fortement perturbé électroniquement, un enjeu devenu crucial depuis la guerre en Ukraine.
X-Fire : un lanceur polyvalent et mobile
Pour utiliser le FLP-t 150, un nouveau lanceur a été développé : le X-Fire, conçu par Thales et Soframe.
Des démonstrations supplémentaires doivent associer le X-Fire et le FLP-t 150 afin de valider leurs capacités opérationnelles.
Le X-Fire a été pensé pour accueillir différents types de munitions, y compris des armements étrangers compatibles OTAN. Cette interopérabilité est considérée comme essentielle dans le cadre des opérations de coalition.
Très mobile, le système peut rapidement se déployer, tirer puis quitter sa position afin d’éviter les tirs de contre-batterie ennemis. Cette doctrine dite « shoot and scoot » est déjà utilisée par le Caesar.
Le système peut également être intégré à la chaîne ATLAS, dédiée à l’automatisation des tirs et des liaisons de l’artillerie sol-sol.
Enfin, le X-Fire est conçu pour évoluer vers l’intégration future de missiles balistiques de plus longue portée.
D’autres projets en concurrence
Le FLP-t 150 n’est pas seul sur ce marché stratégique. MBDA et Safran développent également une munition concurrente appelée Thundart.
Cette solution utilise une architecture différente, combinant le module de guidage de l’AASM utilisé sur le Rafale et un propulseur développé par Roxel. Les performances annoncées sont présentées comme supérieures aux attentes.
Le projet Foudre, porté par Turgis Gaillard, représente aussi une alternative française inspirée du système américain Himars.
D’autres solutions étrangères restent envisageables pour remplacer les LRU français :
- L239 Chunmoo (Corée du Sud)
- M142 Himars (États-Unis)
- Pinaka (Inde)
- PULS / Mars 3 (Allemagne / Israël)
La modernisation de l’artillerie française entre ainsi dans une nouvelle phase, marquée par le retour de la frappe longue portée terrestre au cœur des stratégies militaires européennes.
Source : Julien Lausson


