2 min • Recueilli par Jefferson Desport
L’augmentation à venir du nombre de têtes nucléaires va conforter le rôle de la Gironde dans la dissuasion. Interview de la ministre des Armées.
Le président a ordonné d’augmenter le nombre de têtes nucléaires. Quel est l’horizon de cette montée en puissance ?
Notre horizon est celui de la loi de programmation militaire, soit 2030. Cette annonce répond à la dégradation de l’environnement stratégique. Et cette volonté d’investissement est constante depuis les débuts de notre dissuasion dans les années 60.
Depuis 2017, Emmanuel Macron a considérablement investi dans ce domaine clé. Le renouvellement de notre flotte de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins est engagé. Et nous venons de lancer la mise en conception du nouveau missile de la dissuasion océanique, le M51.4, et celle du nouveau missile des forces aériennes stratégiques.
Les têtes nucléaires sont conçues au Barp en Gironde, au centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine. Le travail des ingénieurs a-t-il commencé ?
Ce travail est permanent et, en Gironde, il bénéficie du laser Mégajoule qui nous permet de réaliser ces évolutions avec des simulations et non plus avec des essais.
Le missile nucléaire M51 de la dissuasion océanique est aussi fabriqué en Gironde par ArianeGroup. Plus de têtes nucléaires, cela signifie plus de missiles pour l’industriel ?
Là encore, il y a une continuité de production. Je ne vous donnerai pas la répartition des têtes destinées aux sous-marins et celles destinées aux Rafale. Mais je peux affirmer que pour ArianeGroup, ces investissements pérennisent son travail en la matière.
La France cède à son tour à la course à l’armement ?
Non. Notre logique est toujours celle du juste besoin pour assurer la préservation de nos intérêts vitaux. L’enjeu, c’est de répondre à l’évolution de la menace. Et nous respectons toujours l’ensemble des traités signés.
Le chef de l’État assume désormais une « dissuasion avancée ». Peut-on imaginer des Rafale français, armés de missiles nucléaires, positionnés en Pologne ?
Dès le livre blanc de 1972, il est écrit que la France vit dans un tissu d’intérêt qui dépasse ses frontières, elle n’est pas isolée. La dimension européenne de nos intérêts vitaux est un invariant de notre doctrine nucléaire. C’est le cœur du propos du chef de l’État.
De la même manière qu’on a nos sous-marins dilués dans les océans, nous pourrons avoir des avions dilués dans le ciel des pays européens qui en ont manifesté l’intérêt. Et nous allons, dès à présent, travailler à établir des accords bilatéraux avec chacun d’entre eux.
Ces annonces interviennent en pleine offensive américano-israélienne en Iran. Les Rafale français présents en Jordanie interviennent-ils ?
Nous discutons avec tous nos partenaires dans la région, en particulier ceux avec lesquels nous avons des accords de défense, comme les Émirats arabes unis ou le Qatar. Nous sommes prêts à les aider.
Des intérêts français ont-ils été touchés par les frappes iraniennes ?
Un drone iranien a touché une base navale à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis, dans laquelle nous avons des intérêts. Mais nous n’avons pas, à ce stade, la certitude que l’Iran a voulu cibler nos installations. Nous restons vigilants.
Des évacuations de ressortissants français sont-elles prévues ?
Il y a les ressortissants français installés dans la région et les touristes en vacances. Jean-Noël Barrot, le ministère des Affaires étrangères, a annoncé ce matin que la France allait affréter des vols pour rapatrier ses ressortissants les plus vulnérables.
« L’enjeu, c’est de répondre à l’évolution de la menace »